Discussion : L’exploitation en milieu associatif
À l’invitation du Groupe libertaire d’Ivry, discussion autour du livre Te plains pas : c’est pas l’usine
Quand on travaille dans une association, on est censé y trouver du sens, être en adéquation avec des valeurs et non une logique de profit. Faire corps avec son boulot : une chance inestimable ?
À rebours de cette image, ce livre rend compte de modalités d’exploitation insidieuses, dissimulées derrière l’idéologie du civisme et de l’engagement associatif : rapports hiérarchiques brutaux, chantage à la responsabilité, injonction permanente à ne pas compter ses heures, utilisation sans mesure du bénévolat et des services civiques.
« Mais te plains pas : tu pourrais bosser à l’usine ! »
Ce matin, je suis arrivée en retard, à 9h30 ; tout le monde était devant l’asso, à boire des cafés, à fumer des clopes ; personne ne m’a fait de remarques. C’est cool, quand même : je fais un peu comme je veux. Après, j’ai ouvert mes mails : j’ai eu l’impression de subir une avalanche angoissante de choses à faire, de délais à tenir. Je ne peux pas tout faire ; et puis tout est urgent : si je ne finis pas ce dossier, alors il va manquer à l’association de quoi prolonger un contrat, et donc ma collègue qui est en C.D.D. devra partir, et donc j’aurai encore plus de boulot ; mais, ce dossier-là, c’est juste un dossier, et, à côté de ça, il faut en faire trois autres. Je peux remplir ces dossiers comme je veux, ou décider que c’est trop, que je ne le ferai pas ; mais l’enjeu de survie de l’association est trop fort : je fais mes dossiers ; je lutte contre la fatigue ; je regarde l’heure : il est 21 heures. J’ai mangé devant mon ordi.
Je suis arrivée en retard ce matin, je fais ce que je veux ; j’ai travaillé onze heures aujourd’hui.